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Des armes au service de l’impunité totale des hommes : les fausses allégations et le Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP)
par Brochure antimasculiniste, 10 mars 2010


Pour contrer ce constat d’une violence conjugale exercée surtout par les hommes vis-à-vis des femmes, les masculinistes ont inventé les fausses allégations. Ils ont diffusé l’idée que parmi les femmes portant plainte pour des violences commises par des hommes (agressions et abus sexuels), beaucoup mentiraient.

L’analyse des statistiques montre pourtant l’inverse : loin d’être surévaluées, les violences subies par les femmes sont sous-évaluées parce que sous-déclarées. Un rapport sur les agressions à caractère sexuel indique que « selon différentes enquêtes, les taux de signalement [des agressions à caractère sexuel] varient entre 6% et 38% au Canada […] l’agression sexuelle constitue l’un des crimes les moins rapportés aux services de police [1]. ». Mais ce faible taux de déclarations est sûrement déjà trop haut pour les masculinistes... Si certains signalements peuvent s’avérer non fondés (comme pour tous les signalements de crimes et délits), il apparaît nettement que ce qui est massif, c’est le non-signalement, qui s’explique aussi par un soupçon continuant de peser sur les victimes de viol, soupçon que les masculinistes contribuent particulièrement à amplifier. Leur stratégie sert la défense des hommes violeurs, rendant plus difficile le signalement de ce crime par les femmes.

Les enfants sont l’autre cible des négations masculinistes. Richard Gardner (1931-2003), professeur de pédopsychiatrie étasunien, a inventé vers 1985 une théorie sur-mesure qui crée pour le profit des pères séparés une zone de non-droit et renvoie les enfants au silence dont ils étaient à peine sortis.

C’est le Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP), qu’il définit ainsi : « Le SAP est un trouble propre aux enfants, survenant quasi exclusivement dans les conflits de droit de garde, où un parent (habituellement la mère) conditionne l’enfant à haïr l’autre parent (habituellement le père). Les enfants se rangent habituellement du côté du parent qui se livre à ce conditionnement, en créant leur propre cabale contre le père. ». [2] Selon cet auteur, ce syndrome serait devenu de plus en plus courant, il en aurait vu plus de 90% des conflits de droit de garde où il effectue des évaluations [3].
Au point qu’il considérait en 1993 que les allégations d’agressions sur enfants étaient la « troisième vague d’hystérie majeure » [4] à déferler sur les États-Unis.

Cette théorie, qui place hors de tout soupçon les pères abuseurs et permet de jeter un discrédit d’emblée sur la mère a été, est encore fortement utilisée par des avocats défendant des pères séparés et par les associations de pères divorcés.

Aujourd’hui répandue, cette théorie n’en est pas moins contestée scientifiquement [5] et légalement :

« Les psychiatres David Jones et Mel McGraw (1987) ont évalué tous les dossiers de soupçons d’agressions sexuelles sur enfants signalés en 1983 au Département des Services Sociaux de Denver (Colorado). Huit pour cent seulement de ces déclarations ont été considérées comme probablement mensongères. Parmi ce nombre restreint d’accusations fabriquées, la quasi-totalité était le fait d’adultes et non d’enfants. » [6]
« Les meilleures recherches effectuées à ce jour ont établi la rareté des allégations d’agression sexuelle portées lors des différends de droit de garde (Thoennes & Tjaden, 1990 ; McIntosh & Prinz, 1993). On a également établi que ces allégations ont autant de probabilités d’être validées que celles qui sont formulées dans des contextes non liés au droit de garde (Hlady & Gunter, 1990). » [7]

Au niveau légal, notons que le projet de loi n°1903, déposé en mars 2003 à l’assemblée législative du Texas [8], visait à interdire toute référence au SAP dans les tribunaux, jugé comme mensonger et insuffisamment scientifique.

Les chiffres officiels contestent eux aussi les théories de Richard Gardner. Selon un rapport du ministère de la Justice du canada basé sur l’étude d’Everson et Boat [9], les fausses allégations représentent 1,6% des déclarations des enfants de moins de 3 ans, 1,7% pour les 3-6 ans et 8% pour les adolescents, soit 4,7% en moyenne. L’idée que lors des conflits liés à la garde de l’enfant, les mères ou les enfants accusent particulièrement les pères de violences sexuelles est donc fausse :

« Cette question a été examinée par un organisme de Denver (Colorado), l’Unité de recherche de l’Association of Family and Conciliation Courts. Son étude, menée sur deux ans, a exploré l’incidence et la validité des allégations d’agression sexuelle soulevées au moment d’un litige de garde. Contrairement à l’idée reçue selon laquelle les allégations de sévices sexuels au moment d’un litige de garde sont relativement courantes, cette étude a conclu que, dans les 12 États [étasuniens] participant à l’étude, seulement 6% des causes de garde impliquaient des allégations d’agression sexuelle » [10].


[1Gouvernement du Québec, Politique d’intervention en matière de violence conjugale. Prévenir, dépister, contrer la violence conjugale, 1995, p.31.

[2Gardner. R.A. (6 septembre 1993) « Dr. Gardner defends work on sex abuse ». National Law Journal, p. 16.

[3Gardner, R.A. (1987). The Parental Alienation Syndrome and the Differentiation Between Fabricated and Genuine Child Sex Abuse. Cresskill, NJ : Creative Therapeutics, p.67.

[4Gardner, R.A. (22 février 1993) « Modern witch hunt—child abuse charges ». The Wall Street Journal, p. A10.

[5Voir notamment Stephanie J. Dallam et Joyanna L. Silberg, « Des idées reçues compromettent la sécurité des enfants lors des litiges de garde », http://sisyphe.org/spip.php?article2750 vu le 20 juin 2009.

[6Stephanie J. Dallam : Le Syndrome d’Aliénation Parentale a-t-il une base empirique ? Examen critique des théories et opinions de R. Gardner, p 2, Adaptation française : Martin Dufresne, Hélène Palma et Léo Thiers-Vidal, disponible sur http://sisyphe.org/IMG/pdf/doc-164.pdf. Vu le 20 juin 2009.

[7Idem, p. 7.

[8« Syndrome d’Aliénation Parentale : la fin du mythe », adaptation française par Martin Dufresne et Hélène Palma. http://sisyphe.org/spip.php?article426 vu le 20 juin 2009.

[9Everson and Boat, False allegations of sexual abuse by children and adolescents, in J. Am. Acad. Child Adolesc. Psychiatry 28 : 230-235, 1989.

[10Stephanie J. Dallam et Joyanna L. Silberg, « Des idées reçues compromettent la sécurité des enfants lors des litiges de garde (Partie I) », http://sisyphe.org/spip.php?article2750, vu le 22 juin 2009.





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