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« C’est mon fils, ma bataille... » ou la légende des pères destitués
par Brochure antimasculiniste, 9 mars 2010


Les informations de l’article sont issues de : de Josianne Lavoie, « L’activisme juridique, le divorce et la garde des enfants », in Le mouvement masculiniste au Québec

L’argumentaire développé par les groupes de pères séparés peut se résumer de la façon suivante :

  1. L’action des juges fait que la plupart des pères divorcés se voient refuser la garde de leur(s) enfant(s).  [1]
  2. La garde partagée systématique est la solution la plus égalitaire pour les parents, et la meilleure du point de vue de l’enfant.

Fathers for Justice n’hésite pas à affirmer qu’« au Québec, plus de 300 000 enfants sont privés de vivre avec leur père, on a détruit la vie de centaines de milliers de pères au cours de ces 30 dernières années » [2]. Or une enquête menée en 2003 rapporte que les cas de séparation arbitrés par le juge ne représentent que 12,2% des dossiers en droit de la famille entendus dans les districts de Montréal et de Saint-Gérôme pour l’ensemble de l’année 2001. [3]L’immense majorité des divorces ne se retrouve donc pas devant un juge, une décision consensuelle ayant été prise entre les deux parents. Le fait que la garde des enfants soit la plupart du temps laissée à la mère [4] ne peut pas être relié à un favoritisme judiciaire, mais plutôt à un désengagement volontaire des pères vis-à-vis de leur(s) enfant(s), avec la perpétuation d’un modèle familial traditionnel.

Les juges, contrairement à ce que prétendent les masculinistes, penchent déjà en faveur de la garde partagée quand les conditions le permettent. D’après la loi sur le divorce, le tribunal doit rendre une ordonnance de garde basée sur le principe de contacts équilibrés de l’enfant avec ses deux parents. Si de manière purement comptable, la garde partagée systématique en cas de litiges peut sembler la solution la plus égalitaire, le contraire ressort d’une analyse plus précise. Même lorsque la mère est victime de violences de la part du père et ne souhaite pas abandonner ses enfants, le tribunal n’est pas obligé de lui confier la garde exclusive. Souvent, les tribunaux rejettent ce type de demande parce que l’enfant lui-même n’a subi aucun sévice [5].

Les femmes victimes de violences conjugales ne sont donc pas ou peu protégées par la loi, comme le montre une enquête de Statistique Canada : « Le risque de violence est particulièrement élevé au moment de la séparation, surtout en ce qui concerne les femmes. Le tiers (34%) des femmes qui ont été victimes de violence pendant leur relation ont déclaré que la violence était plus grave ou plus fréquente après la séparation. Le nombre d’hommes qui ont répondu la même chose était trop petit pour produire des estimations fiables » [6].

Enfin, les masculinistes présentent leurs propositions en faveur de la garde partagée systématique comme étant dans l’intérêt de l’enfant. Or, de nombreuses études montrent que les enfants peuvent très mal vivre ce mode de résidence. En effet, ce principe les expose parfois à des pères violents (dans un nombre non négligeable de cas, la mère demande la garde exclusive en raison de la violence du conjoint), à des conflits entre les deux parents et à un changement régulier de cadre de vie qui peut les perturber [7].

[1Ce mythe est très répandu, comme le montrent les propos que le député Camil Bouchard a tenu à l’Assemblée nationale du québec, en 2005 : « J’aimerai revenir à un exemple concret et qui préoccupe plusieurs groupes d’hommes au Québec. Il y a plusieurs groupes d’hommes au Québec qui pensent, qui défendent la position suivante : il y a une discrimination systémique envers les hommes devant les tribunaux en ce qui concerne la garde des enfants. Ils ont l’impression que les juges ont développé des valeurs, des croyances autour d’une capacité plus grande des mères à assurer une garde des enfants meilleure. »
Cité par Micheline Carrier, dans l’article « L’ex-juge Claire L’Heureux-Dubé réfute l’idée que les tribunaux discriminent les pères divorcés », source : http://sisyphe.org/spip.php?breve271, vu le 15 juin 2009.

[2Article de Daniel Laforest, président de F4J, « F4J veut un virage radical de la société québécoise »,
(www.) fathers-4-justice.ca

[3Renée Joyal, Evelyne Lapierre-Adamcyk et coll., Le rôle des tribunaux dans la prise en charge des enfants après le divorce ou la séparation des parents, Québec, ministère de l’Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, 2003, p.17.

[4Nicolas Rousseau et Anne Quéniart, « Les pères face au système de justice : l’influence des facteurs juridiques sur le niveau de l’engagement paternel à la suite d’un divorce », Revue canadienne de droit familial, 2004, n°21, p.9.

[5Michel Tétrault, La garde partagée, de la légende urbaine à la réalité http://www.barreau.qc.ca/pdf/congre... paragraphe 190.

[6Statistique Canada (14 juillet 2005), La violence familiale au Canada : un profil statistique, Le quotidien, Ottawa, Statistique Canada.

[7Jacqueline Phélip, Le Livre noir de la garde alternée, préface de Maurice Berger, m.d., Dunod, Paris, 2006. Jacqueline Phélip, « Garde partagée ou résidence alternée » : l’enfant d’abord, http://sisyphe.org/spip.php?article1775 vu le 2 juin 2009.





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