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Le suicide des hommes : l’exemple québécois
par Brochure antimasculiniste, 8 mars 2010


Le mythe masculiniste du suicide des hommes québécois repose sur trois idées centrales :

  1. Aujourd’hui, les hommes québécois se suicideraient de plus en plus.
  2. Ils se suicideraient plus que les femmes, ce qui prouverait un malaise spécifiquement masculin.
  3. Les causes de leur suicide seraient liées au féminisme.

Le taux de suicide des hommes au québec augmente-il ? Dans un article récent [1], Francis Dupuis-Déri constate que « si les statistiques sur le suicide ne sont jamais totalement fiables, les spécialistes s’entendent tout de même pour constater une augmentation réelle des suicides depuis 1950. […] Marie-France Charron, des services et études épidémiologiques du ministère des Affaires sociales du Québec, note que le taux de suicide "a augmenté dans des proportions semblables entre les deux sexes" [2] entre 1950 et 1979. » Plus loin, il indique que « le taux des femmes reste à peu près stable, alors que le taux de suicide des hommes a connu une baisse très importante, chutant de 35% depuis 1999 [3]. » Le taux de suicide des hommes au québec en 2006 est plus faible que celui de 1982 à 1984 [4].

Pour analyser le phénomène complexe qu’est le suicide dans son intégralité, il faut prendre en compte les tentatives de suicide. « [Au québec,] l’Enquête Santé Québec (1998) établit que 2,9 % des hommes et 4,2 % des femmes rapportent avoir fait une tentative de suicide au cours de leur vie. Cette donnée - 50% plus de femmes suicidaires - correspond d’ailleurs de près aux niveaux plus élevés de dépression et de pauvreté constatés chez les femmes, en regard des mêmes facteurs chez les hommes. Si les hommes, moins nombreux que les femmes à attenter à leurs jours, sont plus nombreux à compléter un suicide, c’est apparemment en raison de leur préférence pour des méthodes plus physiques, "efficaces" (armes à feu, pendaison, chute, collision en voiture, etc.) » [5]. Cela s’explique par le plus grand accès des hommes aux armes à feu (chasseurs, policiers, militaires).

Interpréter les causes d’un suicide est toujours délicat. On peut néanmoins souligner que les masculinistes prétendent que le suicide des hommes est principalement la conséquence des divorces et des problèmes de garde d’enfant, or, « les données les plus récentes indiquent que 16,9% des hommes qui se suicident sont séparés ou divorcés ». [6] Si cela n’indique pas le divorce comme la cause de ces suicides, cela permet malgré tout de remettre en cause l’affirmation selon laquelle la rupture serait la première cause de suicide chez les hommes.

Loin des idées masculinistes, deux éléments influent fortement sur le suicide des hommes :

[1Francis Dupuis-Déri, « Le chant des vautours : de la récupération du suicide des hommes par les antiféministes », pp 145-177. in Le mouvement masculiniste au Québec, L’antiféminisme démasqué, Montréal, Editions du Remue-Ménage, 2008.

[2Marie-France Charron, Le suicide au Québec : analyse statistique, Québec, Gouvernement du Québec, 1983, p.35, cité dans Le mouvement masculiniste au Québec, déjà cité, p.154.

[3Danielle St-Laurent et Matthieu Gagné, Surveillance de la mortalité par suicide au Québec : ampleur et évolution du problème de 1981 à 2006, Québec, Institut national de santé publique du Québec, 2008, p.20, cité dans Le mouvement masculiniste au Québec, déjà cité, p.155

[4Idem

[5Martin Dufresne, « Masculinisme et suicide chez les hommes », http://sisyphe.org/article.php3?id_..., vu le 9 juin 2009.

[6Francis Dupuis-Déri, « Le chant des vautours », déjà cité, p.156.

[7Idem.

[8Katharina Mayenfisch, « Le suicide des hommes, une problématique qui ne date pas du 21e siècle », http://sisyphe.org/sisypheinfo/spip..., vu le 10 juin 2009.





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