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Devoir d’insolence antiraciste : Pétition à signer
Sexisme anti-hommes, racisme anti-blancs : des armes pour faire taire les femmes et les groupes racisés.
par adrien, 26 novembre 2012


Devoir d’insolence antiraciste : Pétition à signer

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Le rappeur Saïdou du groupe Z.E.P (Zone d’expression populaire) et le sociologue et militant Saïd Bouamama ont été mis en examen pour « injure publique » et « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence » sur une plainte de l’Agrif, un groupe d’extrême droite nostalgique de l’Algérie française. En cause, un ouvrage et une chanson du même nom, Nique la France, qui assènent en refrain :

« Nique la France et son passé colonialiste, ses odeurs, ses relents et ses réflexes paternalistes / Nique la France et son histoire impérialiste, ses murs, ses remparts et ses délires capitalistes. »

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Sexisme anti-hommes, racisme anti-blancs : des armes pour faire taire les femmes et les groupes racisés.

«   Notre stratégie de conquête du pouvoir passe par une bataille du vocabulaire. Lorsqu’ils parlent d’“identité”... les hommes de la rue, journalistes et politiciens entrent dans notre champ lexical  »
Bruno Mégret, Délégué Général du Front National (Présent, 16 juin 1990)



Ça sent mauvais. Houria Bouteldja, membre du Parti des Indigènes de la République, a été accusée de «  racisme anti-blancs  »par l’avocate générale, qui représente l’État.
Le plaignant, l’AGRIF, association d’extrême droite spécialisée dans le harcèlement judiciaire, qui a notamment poursuivi Aides pour leur campagne « Sainte capote, protégez-nous », porte plainte également pour « racisme anti-blanc » contre Said Bouamama et le rappeur Saidou.
L’enjeu de ces procès est énorme. Les mensonges de l’extrême-droite sont en passe d’être reconnus par l’État. Plus accessoirement, ils le sont déjà par le Mrap et J.F. Copé.

Pour la personne qui n’a pas trop réfléchi a la question, le racisme est un sentiment de haine envers un groupe. C’est plus ou moins cette « définition » light et mensongère qui a le devant de la scène depuis les années 80, le racisme désignant là, non un système, mais des attitudes individuelles, voire une sorte de maladie. Ça a permis d’éviter que la structure raciste de notre société ne soit remise en cause, et de focaliser sur les aspects les plus visibles du racisme, comme le Front National.

Avec cette définition, le racisme peut toucher n’importe qui, et provenir de partout : racisme anti-blancs, anti-noirs, anti-riches, anti-vieux, si tout le monde est susceptible de subir et de produire du racisme, alors le racisme est ramené à une simple dimension morale individuelle, un peu gnangnan.
L’accusation portée contre Houria Bouteldja peut être portée sans provoquer un rire moqueur généralisé, en partie à cause de cette dépolitisation, en partie parce qu’une contre-offensive visant à défendre les privilèges (de race [1], de sexe [2]...) a lieu depuis une trentaine d’années, et qu’elle est en passe de parvenir à faire passer les dominants pour des victimes.

Rappelons, avec Pierre Tévanian, que le racisme n’est pas un simple sentiment de haine mais un rapport social de domination, qui peut parfaitement se passer de la haine – et dont les formes les plus hégémoniques se traduisent même par de l’indifférence ou de la sympathie davantage que par de l’antipathie [3].
Précisons, avec Faysal Riad, que le racisme peut être défini précisément comme « un certain type de rapport social de domination entre des groupes.
Système qu’il est impossible de séparer de l’histoire, qu’on ne peut penser en dehors de la réalité. Et la réalité du racisme c’est le Colonialisme produisant les races, et constituant un mécanisme de différenciation et de hiérarchisation de l’humanité entre un pôle doté, en tant que race, de privilèges, invisibles ou manifestes, et un pôle racial dont la soumission à toutes sortes de violences, invisibles ou manifestes, garantit les privilèges du pôle dominant. (Sadri Khiari, La Contre-Révolution coloniale en France, La Fabrique). » [4].

Avec l’appui de ces définitions, l’idée de racisme anti-blancs apparaît aussi plausible que l’idée qu’une personne au Rsa soit capable de forcer un PDG à travailler pour elle. Houria Bouteldja l’explique clairement :

« Je ne crois pas que le fait d’essentialiser un groupe soit problématique en soi, dans l’absolu. Ce qu’il faut identifier c’est l’auteur de l’essentialisation et surtout sa position de pouvoir. Un groupe en bas de la hiérarchie raciale a comme tout le monde beaucoup de préjugés. Je peux vous dire que les Maghrébins, par exemple, en ont des tonnes sur tout le monde et même sur eux-mêmes. Sauf que leurs préjugés sont sans conséquence sur le plan du système, car les Indigènes en France ne sont pas une communauté de pouvoir. Leurs préjugés sur les Blancs par exemple ne sont pas soutenus par des structures institutionnelles, de l’État, des médias, des politiques. On pourrait dire comme Albert Memmi qu’ils pratiquent un "racisme édenté". (C’est une expression qu’il convient toutefois de relativiser car ce "racisme édenté", produit de l’accumulation des tensions, des frustrations et des violences, peut faire des victimes blanches sur le plan individuel, moralement et/ou physiquement). En revanche, les préjugés des Blancs ont forcément une force implacable car ils sont adossés au pouvoir de l’État. » [5].

En retournant l’idée de racisme, les promoteurs du «  racisme anti-blancs  » veulent donc faire croire que les blancHEs sont victimes d’un système où l’État français serait au service des personnes racisées. Ça vous rappelle les masculinistes, et leurs diatribes contre un État au service des femmes, une justice anti-hommes ? Ou encore les homophobes, conspuant le « lobby gay qui impose ses vues à la société  »  ?

Rien d’étonnant. Ces groupes se servent des mêmes stratégies pour contrer les mouvements émancipateurs, pour imposer l’idée que les dominants sont en réalité opprimés. C’est une menace bien réelle, qui, comme le rappelle Houria Bouteldja, «  [...] met en péril, de ce point de vue, tout objectif égalitaire. Pour juger les actes et les formes indirectes du racisme, il faut pouvoir établir qui en est victime et quels torts sont à compenser, ou à réparer. Quel sens cela aurait de revendiquer la parité si on se met à parler d’un « sexisme anti-hommes » ? » [6].


Première défaite de l’AGRIF dans sa tentative de criminaliser l’expression antiraciste

Comité de soutien à Houria Bouteldja

[…]Houria Bouteldja avait déjà été relaxée en première instance. Nous nous réjouissons de voir cette décision confirmée par la cour d’appel. Toutefois, notre satisfaction est entachée par la nouvelle récente de la mise en examen de Saïd Bouamama et de Saïdou de ZEP. Eux aussi sont poursuivis par l’AGRIF : leur mise en examen confirme que le concept de « racisme anti-blanc » est outil pour réprimer les luttes anti-racistes. Ce concept dévoie la notion de racisme et inverse les rôles.

[…] Face à ces offensives, nous devons définir le racisme et empêcher que cette question soit dépolitisée. Nous appelons les toulousain-e-s à nous rejoindre pour dénoncer le piège du « racisme anti-blanc ». Une initiative en ce sens sera organisée courant décembre.

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