L'aGitation dans la BoîTe à outIls - textes - analyses féministes
Femmes et hommes, des tribus éloignées ?
Quand les idées culturalistes servent le masculinisme
par adrien, 14 mai 2012


Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus, titrait, en 1992, John Gray, en phase avec le prêt-à-penser dominant.
L’immense majorité de la population continue de penser que la division sexuée est naturelle. Au mieux, les sexes seront envisagés comme deux cultures éloignées, comme deux peuples ayant évolué parallèlement, et mystérieusement développé des aptitudes complémentaires. Complémentarité qui s’est avérée bien pratique le jour ou, de façon toute aussi magique, ces deux peuples se sont trouvés réunis.

masculinisme

La beauté du mythe se fane un peu quand on constate que le groupe des femmes a un « retard » par rapport au groupe des hommes. Une inégalité qui persiste sans qu’on puisse trouver de responsable.

L’idée de Culture, qui n’est jamais que l’idée de Nature modernisée, agit comme un écran de fumée.
Elle ne permet pas de comprendre d’où vient l’oppression des femmes, à qui elle profite, et qui a intérêt à la maintenir. Ce flou est une véritable aubaine pour ceux qui militent contre les avancées du féminisme à grand renfort d’absurdités comme la crise de la masculinité » et le « sexisme anti-hommes », j’ai nommé : les masculinistes.

Le culturalisme, ou comment brouiller les pistes

Revenons au début : il y aurait deux cultures, celle des femmes et celle des hommes. C’est la hiérarchie entre ces cultures qui poserait problème, et le patriarcat serait un phénomène culturel, c’est-à-dire pas naturel, mais pas non plus vraiment politique. Le culturalisme suppose que le groupe des femmes et celui des hommes sont fabriqués par l’éducation, les représentations, bref, la culture, ce qui n’est pas faux non plus, mais qui ne suffit pas.

L’idée de culture permet de masquer l’oppression et l’exploitation. Employer ce concept, c’est, parfois malgré soi, éviter de trop s’interroger sur ce qui constitue le groupe des hommes et celui des femmes.
Par exemple : la plupart du temps, les violences conjugales sont le fait des hommes :

On le voit, parler de culture ou de rapport de force n’est pas du tout la même chose. Les gens ne subissent pas une culture, ou, si on veut, c’est uniquement le groupe dominé qui subit la culture dominante, et qui subit son enfermement dans une « culture » imposée. Les dominants ne subissent pas leur culture, leur domination. Les dominants sont actifs dans l’effort de maintenir la domination. Sinon, comment penser sa perpétuation ? Par l’autonomie de la culture qui imposerait le maintien de la domination masculine contre l’avis des hommes eux-même ? La culture, cet élément magique à demi hors du social, entre société et nature (c’est un peu la naturalisation de l’idée de société), serait donc toute-puissante.

Or, si les matons ne surveillent plus les prisonniers, ils s’évadent, si le paysan ne contrôle plus les vaches, elles s’échappent, quand l’Europe a perdu de sa capacité à maintenir la colonisation, les pays colonisés se sont révoltés et ont visé l’indépendance...
Si une masse critique d’hommes refusait d’opprimer les femmes, refusait de maintenir ce « plus » que la classe des hommes nous donne en le volant aux femmes, alors, le patriarcat ne pourrait pas continuer à exister. Il s’agit de savoir repérer ses intérêts, et de lutter contre ses propres intérêts en tant qu’homme : pour le dire de manière plus claire, il s’agit d’adopter un mode de vie collectivement soutenable, c’est-à-dire une façon de se comporter, de produire et de consommer qui n’impliquent pas par exemple que d’autre s’écrasent, aient moins accès à la parole, aux ressources, se poussent quand je passe (au propre comme au figuré), etc.
Le seul mode de vie égalitaire, c’est celui qui peut s’étendre à tout le monde. On ne peut pas envisager une planète consommant comme les pays riches. Il en faudrait plusieurs. On ne peut pas plus envisager une société où le comportement actuel des hommes soit étendu à tout le monde. Ce n’est pas matériellement possible.

Le culturalisme : une brèche dans laquelle s’engouffrent les « hoministes »

Le masculinisme profite de ce manque de politisation radicale de la question des sexes, qui n’exclut pas tout à fait la possibilité du « sexisme anti-hommes », et qui continue de penser les sexes comme naturels, quelque part (puisqu’on renonce à chercher ce qui est à la racine de cette division).

Leur discours s’engouffre dans ce culturalisme, qui peut laisser entendre que finalement, les femmes et les hommes forment deux groupes séparés, autonomes, avec des cultures propres, et qu’il convient qu’aucun groupe ne soit favorisé par rapport à l’autre.
Les groupes de sexe devraient donc constituer des lobbies spécifiques pour veiller à leurs intérêts, et empêcher autant le sexisme contre les femmes que contre les hommes.
Une idéologie, vue de loin, séduisante, parce que se présentant comme égalitariste. Si on considère que la société est formée de groupes de sexes relativement autonomes (donc qu’aucune oppression préalable existe, juste une « inégalité » sortie d’on ne sait où, qui doit être rattrapée), on peut être facilement acquis à de telles idées :

"Quels sont les rapports entre l’hominisme et le féminisme ? [...] essayons d’établir des correspondances avec ce que furent, et parfois sont encore, les objectifs du féminisme (quand je parle de féminisme, je me réfère exclusivement à ce mouvement qui a combattu pour obtenir des droits sociaux égaux pour les femmes, et non à ses dérives revanchardes et misandres). Il est assez facile d’établir ces correspondances et de les présenter sous la forme du tableau suivant :

FEMINISME MASCULINISME
sortir du stéréotype féminin sortir du stéréotype masculin
faire reconnaître les violences contre les femmes faire reconnaître les violences contre les hommes
permettre la réussite des filles à l’école trouver des solutions à la sous performance des garçons à l’école
rendre leur place aux femmes dans la vie sociale rendre leur place aux hommes dans la famille


Il apparaît clairement que l’hominisme n’est pas un mouvement de réaction au féminisme. Les deux mouvements ne sont ni semblables, ni opposés : ils sont symétriques. Comme sont, me semble-t-il, quantitativement équivalents et globalement symétriques les problèmes et les souffrances rencontrés respectivement par les femmes et les hommes depuis les débuts de l’humanité jusqu’à aujourd’hui.

L’hominisme est donc, par essence, antisexiste. Etant entendu que cet antisexisme est double : opposé à la misogynie, mais aussi à la misandrie". [1]

[12e Congrès international sur la condition masculine , Paroles d’hommes, Montréal 2005, Atelier de Patrick Guillot , La cause des hommes. Pour la paix des sexes, p.2
(www).parolesdhommes.com/2005/A3_PatrickGuillot.doc





Retour au sommaire